Portraits de Contract Managersitinéraires & histoires vraies

Épisode 14 · 13 octobre 2026 · 42 min

Mélissa Gélabale, contract manager en infrastructures publiques

Elle est juriste de formation, mais son métier n'est pas de dire le droit. Il est de faire en sorte que tout le monde parle la même langue, celle du contrat.

Mélissa Gélabale est contract manager senior dans une société de conseil, en multi-projets. Depuis ses débuts, elle travaille sur des projets d'infrastructure publique, auprès de maîtrises d'ouvrage publiques et privées : du fluvial au ferroviaire, jusqu'à l'aéroportuaire.

Dans cet épisode, elle raconte comment un module de dernière année, « le contrat au service du projet », lui a donné envie de ce métier, et pourquoi elle se voit comme une interface entre toutes les parties d'un projet. Elle partage une erreur de positionnement, coincée entre la casquette de juriste et celle de contract manager, un courrier structuré qui a fini par débloquer un prestataire resté muet pendant plus d'un an, et un rituel de pilotage tenu en deux slides.

Elle donne aussi son regard sur la maturité des maîtrises d'ouvrage publiques, sur l'intelligence artificielle (ce qu'elle en fait aujourd'hui, et pourquoi elle reste prudente avec les données sensibles), et sur ce qu'aucun outil ne remplacera de sitôt : sentir la mauvaise foi, lire ce qui se joue entre ce qui est dit et ce que dit le corps.

Et si le contract management était un écosystème ? Pour elle, ce serait une forêt : un réseau souterrain que personne ne voit, mais qui permet au projet de bien pousser.

Chapitres

  1. Ouverture et parcours
  2. Expliquer le métier de contract manager
  3. Du droit public au contrat au service du projet
  4. Pas de journée type
  5. Juriste ou contract manager ?
  6. Le courrier qui débloque un prestataire muet
  7. Dix contrats à rationaliser
  8. Deux slides et un argument d'ascenseur
  9. Maturité, IA et avenir du métier
  10. Le contract management, une forêt

L'invitée

Mélissa Gélabale, contract manager senior dans une société de conseil, en multi-projets.
  • Juriste de formation, spécialisée en droit public.
  • Projets d'infrastructure publique : fluvial, ferroviaire, aéroportuaire.
  • Auprès de maîtrises d'ouvrage publiques et privées.

Ce qu'elle dit

« Mon métier, c'est de faire en sorte que le contrat s'exécute dans les meilleures conditions possibles. »

Mélissa Gélabale, à 02:30

« Une journée type de contract manager, c'est une journée à s'adapter à l'aléa. »

Mélissa Gélabale, à 09:53

« On va peut-être essayer quelque chose de différent, une approche différente, et on obtiendra peut-être, du coup, un résultat différent. »

Mélissa Gélabale, à 15:55

« L'apport nouveau pour moi dans le contract management, c'est vraiment cette vision transverse : garantir aux chefs d'entreprise que leurs équipes ne travaillent pas en silo, mais qu'elles travaillent ensemble. »

Mélissa Gélabale, à 24:25

« Ce n'est pas toujours visible, mais c'est un réseau structurant de fonctionnement, d'échanges, qui permet à la forêt de pousser, ou en tout cas au projet de bien s'exécuter. »

Mélissa Gélabale, à 35:14

Extraits

Le courrier qui a débloqué un prestataire muet (à partir de 13:53)

Sébastien Müller : Est-ce que tu peux nous expliquer, sans donner de détails confidentiels bien sûr, une situation où le contract management a vraiment fait la différence sur un projet, où il y a eu un avant et un après ?

Mélissa Gélabale : Oui, effectivement, ça m'est arrivé. Dans une de mes précédentes entreprises, j'ai accompagné un responsable de contrat dans la maîtrise de son contrat, pour renforcer le suivi de sa prestation. Il travaillait à la DSI, et son contrat était au bénéfice d'une direction opérationnelle. Pour cette direction, c'était l'outil cœur de métier, un outil critique. La difficulté, c'est que l'entreprise ne donnait plus signe de vie. On ne savait pas si le contrat s'exécutait bien, on n'avait pas les livrables de la maintenance sur l'outil. Aucune information, silence radio depuis plus d'un an. Il envoyait des mails régulièrement, des relances, des coups de téléphone, mais rien ne se mettait en place. Et il y avait un petit côté fataliste : de toute façon, on a déjà payé, ils se sont restructurés, on n'est plus leur priorité, et il n'y a pas de pénalité dans le contrat, on ne peut rien faire.

Sébastien Müller : Toutes les mauvaises raisons.

Mélissa Gélabale : Toutes les mauvaises raisons, exactement. Je lui ai dit : on va peut-être essayer quelque chose de différent, une approche différente, et on obtiendra peut-être un résultat différent. De son côté, il m'a ressorti tous les échanges, toute la traçabilité qu'il avait gardée de ses relances. Et moi, j'avais préparé le courrier qui allait bien, le courrier structuré : le bon destinataire, le rappel des risques si l'on n'allait pas au-delà, le rappel aussi de l'enjeu d'image de cet outil pour l'entreprise. On l'a finalisé ensemble, on l'a envoyé, et quinze jours après, on avait le nouvel interlocuteur, une proposition de gouvernance autour du contrat et les livrables associés. Au final, une belle satisfaction de collaboration, tous les deux. C'était chouette.

Un rituel de pilotage en deux slides (à partir de 20:18)

Sébastien Müller : De façon très concrète, est-ce qu'il y a un rituel de suivi contractuel, une pratique que tu as l'habitude de mettre en place et que tu recommanderais à tout le monde ?

Mélissa Gélabale : Oui. C'est une pratique que j'avais dans ma précédente entreprise, et je pousse vers elle les nouveaux responsables de contrat avec qui je travaille. C'est une sorte de reporting, mais quand on dit reporting, tout de suite, on fait les gros yeux. En tout cas, ça permet de faire un bilan, un point d'étape périodique, selon la variabilité du contrat : un point d'étape en deux slides. J'aime bien le format PowerPoint, ça permet de diffuser l'information et ça force aussi à la synthèse. Deux slides : le bilan du contrat à date, sur l'aspect financier, l'aspect opérationnel, et les actions contractuelles en cours et à venir. Comme ça, de manière régulière, le responsable de contrat, le pilote de contrat, sait où il en est. Il est en maîtrise de son sujet, en pleine responsabilité sur son périmètre, et il peut être l'interlocuteur des différents intervenants : le contrôle de gestion, le juridique, la direction. C'est vraiment, pour moi, un outil de maîtrise pour le pilote de contrat.

Sébastien Müller : Merci pour cette suggestion très pragmatique.

Le contract management, un réseau souterrain (à partir de 33:18)

Sébastien Müller : Si le contract management était un écosystème, lequel choisirais-tu, pour parler du contract management en général ou de ta façon de travailler ?

Mélissa Gélabale : Pour moi, on va être plutôt sur le système de la forêt. Pourquoi la forêt ? Parce que j'avais entendu une fois que les arbres communiquent. Ils ont un réseau souterrain, invisible, qui leur permet de communiquer entre eux avec des messages chimiques. Scientifiquement, je ne saurais pas l'expliquer, mais ça ne se voit pas, et c'est ultra efficace, ultra rapide. Ça permet à la forêt de grandir et de s'épanouir. Je trouve que le contrat, c'est un peu pareil. Ce n'est pas toujours visible, mais c'est un réseau structurant de fonctionnement, d'échanges, qui permet à la forêt de pousser, ou en tout cas au projet de bien s'exécuter. En tant que contract manager, on sécurise une prise de décision en produisant des notes qui ne sont pas forcément diffusées à tout le monde. Le contract management, c'est quoi ? C'est anticiper, prévenir les risques, en mettant en place des actions qui ne sont pas des coups d'éclat, mais une maîtrise régulière des sujets. On fait de la coordination, on met en place des réunions régulières qui ne durent pas : pas des grand-messes, des points de quinze ou trente minutes. C'est préparer des négociations : on n'est pas forcément négociateur, mais on aide à donner la stratégie. Ce sont toutes ces choses, pas forcément visibles, qui structurent la bonne exécution du projet. Pour moi, c'est un peu la même chose que le réseau souterrain de la forêt.

Extraits relus sur l'audio publié : hésitations et reprises retirées, mots de l'invitée conservés. La transcription intégrale sera ajoutée avec l'accord écrit de l'invitée.

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