Portraits de Contract Managersitinéraires & histoires vraies

Épisode 1 · 6 janvier 2026 · 37 min

Rayane Bouchemit, consultant en contract et claim management

Il se destinait au barreau, il a fini médiateur, puis contract manager. Son fil rouge : intervenir avant que le conflit n'éclate, et revenir aux faits plutôt qu'aux opinions.

Rayane Bouchemit est consultant en contract et claim management dans un cabinet de conseil, et vice-président de l'ICM, l'association qui fédère les professionnels du contract management, où il s'occupe de la communication et des événements. Juriste de formation, spécialisé en arbitrage et commerce international, il a d'abord administré des procédures de médiation et d'arbitrage avant de basculer vers le contract management, à la suite d'une rencontre.

Dans ce premier épisode du podcast, il décrit ce qu'est une journée de contract manager : des réunions de suivi, du soutien aux équipes du client, des arbitrages permanents entre ce qui est possible dans le contrat, faisable sur le terrain et acceptable politiquement. Il explique pourquoi le contract manager compte avant la signature, pendant l'exécution et à la sortie du contrat.

Il raconte deux situations de terrain : une grande maîtrise d'ouvrage qui est passée d'une gestion contractuelle subie à une gestion préventive, et un atelier de maintenance ferroviaire où il est arrivé comme pompier, à quelques mois de la fin. Il partage aussi sa méthode pour calmer une négociation tendue, son usage prudent de l'IA, et son idée du contract management comme réseau souterrain.

Et si le contract management était un écosystème ? Pour lui, ce serait la mycorhize : le réseau des forêts que personne ne voit, mais dont on mesure l'importance quand il disparaît.

Chapitres

  1. Ouverture
  2. Se présenter et expliquer le métier
  3. Du barreau à la médiation, puis au contract management
  4. Une journée type
  5. Avant, pendant, après la signature
  6. Quand une maîtrise d'ouvrage passe du curatif au préventif
  7. Une galère : le pompier d'un projet ferroviaire
  8. Calmer le jeu : revenir aux faits
  9. Convaincre un décideur en trente secondes
  10. Maturité du métier
  11. L'IA au quotidien
  12. Le contract management, un réseau souterrain
  13. Conseils, ressources et invités à venir

L'invité

Rayane Bouchemit, consultant en contract et claim management, vice-président de l'ICM.
  • Juriste de formation, spécialisé en arbitrage et commerce international.
  • Juriste dans un centre de médiation et d'arbitrage, avant de passer au contract management.
  • Consultant en contract et claim management, formateur, vice-président de l'ICM.

Ce qu'il dit

« On signe le contrat, c'est la lune de miel, on dit que ça va bien se passer, on ne met pas forcément en place les bonnes clauses. »

Rayane Bouchemit, à 10:59

« Tout le monde ne peut pas avoir un contract manager. En revanche, je pense que tout le monde peut avoir des réflexes de contract management. »

Rayane Bouchemit, à 19:39

« Revenir au fait, revenir à la chronologie, pas aux opinions. »

Rayane Bouchemit, à 20:45

« Investir en contract management, c'est payer un peu avant pour ne pas payer beaucoup après. »

Rayane Bouchemit, à 23:01

« Personne ne les voit, mais quand elles ne sont plus là, on s'en rend compte. »

Rayane Bouchemit, à 32:56

Extraits

Une maîtrise d'ouvrage qui passe du curatif au préventif (à partir de 12:10)

Sébastien Müller : Pourrais-tu nous raconter un cas concret où le contract management a vraiment fait la différence ?

Rayane Bouchemit : C'est une grande maîtrise d'ouvrage qui développe des ensembles immobiliers sur tout le territoire, et qui n'avait pas de contract management. Ils nous appellent pour mettre en place d'abord un audit, pour voir comment ils pratiquent, ce qu'ils font de bien, ce qu'ils font de pas bien, avec pour objectif de sécuriser l'exécution et d'éviter les dérives en fin de projet, qui étaient devenues assez fréquentes. Avant, une gestion contractuelle majoritairement réactive, des problèmes traités tardivement, souvent sous pression, des risques contractuels identifiés mais déjà matérialisés. Je mets en place une analyse structurée des pièces, un support à la rédaction de courriers clairs, factuels et cohérents dans le temps, une identification précoce des écarts. Et au fur et à mesure, avec des formations, beaucoup de pédagogie, on est passé d'une logique curative à une logique préventive. Les équipes savent quand alerter, comment formaliser, ce qu'il faut documenter. Résultat : plus de claim en fin de projet […]. Tout est traité au fil de l'eau. Avant, on avait des « oui, on verra ça à la fin », des discussions très émotionnelles. Après : décision tracée, écart traité au bon moment, discussion factuelle.

Calmer le jeu : être d'accord sur le désaccord (à partir de 20:05)

Sébastien Müller : Est-ce que tu as un truc pour calmer le jeu quand ça commence vraiment à se tendre et à chauffer ?

Rayane Bouchemit : Oui, j'ai un petit truc. Je te l'ai dit précédemment : revenir au fait, revenir à la chronologie, pas aux opinions. En médiation, il y a un moment extrêmement important. On accueille les parties, chacune expose sa vision des faits, et moi, en tant que médiateur, j'essaie de reformuler, sans jamais travestir les propos. Puis je leur demande : est-ce qu'on est d'accord sur le désaccord ? Et déjà, il y a le mot accord. C'est le premier pas. On sort de la posture « tu as tort, j'ai raison », et cela devient notre base : ce qui est objectivement constaté, ce qui est contractuellement prévu, et ce qui reste négociable. Parfois, tout simplement, on fait une pause. Et je recommande d'être très attentif à ce qui se passe pendant les pauses : le non-verbal, les regards, les discussions devant la machine à café.

Le contract management, un réseau souterrain (à partir de 31:53)

Sébastien Müller : Si le contract management était un écosystème naturel, lequel tu choisirais pour décrire ta façon de travailler, et pourquoi ?

Rayane Bouchemit : Soit le système nerveux, qui fait le lien entre le muscle et le cerveau, donc entre l'opérationnel et la direction, et qui transmet les informations, les alertes. Ou sinon la mycorhize, le réseau souterrain des forêts. Ce n'est pas forcément le plus visible, mais c'est essentiel : cela connecte les arbres entre eux, transporte les informations importantes, alerte sur les risques. Personne ne les voit, mais quand elles ne sont plus là, on s'en rend compte.

Extraits relus sur l'audio publié : hésitations et reprises retirées, mots de l'invité conservés. La transcription intégrale sera ajoutée avec l'accord écrit de l'invité.

Ressources citées

Pour aller plus loin